NOTE SUR LES MANOUCHES ET LA CULTURE DE L’AMANDIER EN ANJOU.

Tout cela dans le même panier…d’osier ! Étrange affaire ! Et pourtant…

 Le jeudi 05 mars 2020, j’assistai à une réunion électorale de Jean Louis Batiot (battu le 15),  pour les municipales quand a été abordé un sujet sensible et récurrent : les manouches sont sur la place des Tilleuls ! Devant les réflexions hostiles de certains participants, je propose quelques éléments pour tenter de mieux comprendre les difficultés relationnelles avec les gens du voyage.
Qu’ils soient tsiganes, gitans, bohémiens, manouches, romanichels, ils sont avant tout des Roms, un peuple indo- européen parti d’Inde vers l’an mille. L’un d’eux à qui je faisais remarquer qu’ils avaient mis plusieurs siècles pour arriver en Europe m’a répondu fort à propos :
« Peut-être, Monsieur, mais on est venu à pied ».
En général les peuples nomades parcourent les déserts de sable ou de glace, la steppe, la jungle, c’est-à-dire des contrées inhabitées, tout en remerciant la nature qui pourvoit gracieusement à leur subsistance. Or, les Roms, circulent dans des régions peuplées avec le même état d’esprit. D’où un léger malentendu avec les locaux !  C’est pour cela que quelques poules dans les fermes ou canards et cygnes dans les parcs disparaissent victimes de la «  Providence ». Et pour eux, une borne d’incendie, c’est avant tout de l’eau.

 

Pour illustrer mon propos, je vais vous raconter l’histoire de l’amandier « centenaire »de Doué la Fontaine (Maine et Loire). Il y a quelques années, un jour d’octobre, je visitais dans cette ville le « Musée des anciens commerces » quand mon attention fût attirée par un arbre imposant, majestueux, sur une pelouse. Je constatais en m’approchant, que c’était un amandier. Etonné par la présence improbable de ce sujet hors norme, je rejoignis l’accueil pour m’informer : « oui, monsieur, cet arbre a même eu un article dans le journal local, car malgré son âge il produit encore des amandes en abondance ».

J’apprends aussi que l’amandier était cultivé en Anjou depuis le 16ème siècle. Il y trouvait les terres calcaires qu’il affectionne et sans doute assez de douceur et de lumière. Malgré cela, si l’arbre est rustique, sa floraison précoce est menacée par les gelées printanières. C’est peut-être pour cette raison que la culture a périclité ; cependant, il reste encore quelques sujets çà et là.
Mais où sont passés les Roms dans tout ça ! Attends, tu vas comprendre !
Quand j’ai demandé à récupérer quelques amandes, voici la réponse que l’on m’a donnée :
« Ah, mon pauvre Monsieur, ça va pas être facile. Tous les ans quand les amandes sont mûres, les manouches arrivent. On a beau leur dire que c’est interdit, ils dépouillent tout, ils envoient les enfants dans les branches, c’est comme des étourneaux sur la vigne ».
J’ai quand même tenté ma chance et j’ai trouvé trois amandes dont une a germé. Aujourd’hui, il y a un petit amandier à l’arboretum de la Clopinière. Apparemment le sujet doit être auto fertile comme son parent puisque les fruits sont noués. N’en parlez pas aux manouches ni aux gelées blanches !

 

Le vieil arbre à fini par disparaître vers 2013 faisant sans doute beaucoup de déçus mais il a au moins une descendance.
Malgré ces quelques travers, les Roms ont su s’adapter en utilisant ce qui libre ou délaissé : le hérisson, l’osier, le muguet et les jonquilles sauvages, le musique… La récupération des métaux qui étaient pour eux une source de revenu leur a été confisquée par des sociétés privées qui en tirent profit. Alors ils en trouvent comme ils peuvent et pas toujours de manière légale.
Les états souhaitent contrôler leurs les populations et n’apprécient guère les nomades. Expulsions, camps d’internement (Montreuil Bellay, Moisdon la Rivière)  sédentarisation forcée, carnet de circulation ont été pratiqués ainsi que le génocide peu connu, des Roms par les nazis. A force d’être discriminé, on se referme sur sa culture et le dialogue devient compliqué entre tsiganes et « gadgés » (non tsiganes). Les anciens sont ceux qui sont le plus à même pour résoudre les conflits. J’en conviens, la relation est parfois tendue et ils ne sont pas toujours coopératifs.
Les Roms continuent de perpétuer un mode de vie libre que l’espèce humaine a pratiqué pendant plus de quatre-vingts dix-neuf pour cent de son histoire, le nomadisme, avant que les chasseurs cueilleurs ne cèdent progressivement à la sédentarisation avec l’avènement de l’agriculture et de l’élevage, il y a seulement douze mille ans.

Se connaitre soi-même, comprendre l’autre cet être si étrange, s’en faire comprendre est un défi de tous les jours à la fois beau et nécessaire.
Pierre

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